Pour en finir avec le statu quo en santé | 28 octobre 2016

Date de publication : 28 octobre 2016

Pour en finir avec le statu quo en santé

Par Yanick Labrie, Porte-parole du CEPSEM, le Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être*

 

Il se passe rarement une semaine sans que les difficultés d’accès auxquels sont confrontés les patients dans notre réseau public de santé ne défraient les manchettes. Engorgement dans les urgences, délais d’attente en chirurgie, pénurie de personnel soignant, crise dans le réseau ; voilà des titres de reportages que plusieurs lecteurs ont vu passer à plus d’une reprise dans les médias québécois ces dernières années.

Les longs délais d’attente sont devenus une caractéristique structurelle de notre système de santé. Les gouvernements qui se sont succédé au fil des ans ont tous tenté en vain de résoudre ces problèmes d’accès dans le réseau public, mais sans toutefois adopter les réformes fondamentales pour y parvenir.

De toute évidence, le maintien du statu quo ne suffit plus et les Québécois sont de plus en plus nombreux à exprimer leur souhait de changement. Dans un sondage récent, plus de trois Québécois sur quatre se sont dit d’avis que le système de santé actuel nécessite des changements fondamentaux ou est à reconstruire totalement . D’autres enquêtes ont aussi révélé ces dernières années qu’un pourcentage élevé et grandissant de patients au Québec souhaiteraient disposer de plus d’options provenant du secteur privé .

Le Québec aurait en effet beaucoup à gagner en réformant son système pour faire place à une diversité de prestataires de services, qu’il s’agisse d’organisations publiques, d’entreprises privées, d’OSBL ou de coopératives de santé. Il pourrait le faire tout en maintenant le caractère universel du système et dans le cadre d’un financement public des services.

Ainsi, les citoyens auraient la liberté de choisir leurs fournisseurs de soins et ces derniers, confrontés au risque de perdre des patients, seraient davantage poussés à l’excellence. Évidemment, cette solution nécessiterait en parallèle d’autres réformes de la part du gouvernement quant à la redéfinition du panier de services assurés, à l’établissement d’un nouveau mode de rémunération des médecins et d’un financement des établissements fondé sur les services aux patients, de même qu’à la diffusion publique d’information sur la qualité des services offerts par les différents fournisseurs.

Certes, la mise en place de ces réformes poserait certains défis. Mais ces défis ne sont pas insurmontables, comme en témoignent les expériences de nombreux pays qui ont adopté ces changements avec succès au fil des dernières décennies.

S’inspirer des expériences étrangères

Depuis plus de dix ans, j’ai contribué à la recherche et à la rédaction de nombreuses études portant sur les rouages de notre système de santé et sur l’évaluation de réformes possibles, qui s’inspirent des meilleures pratiques en vigueur dans d’autres pays . Ces recherches m’ont permis de constater que notre système demeure l’un des rares à l’échelle mondiale où il existe toujours un monopole public de la prestation des soins de santé jugés médicalement requis. L’existence d’une mixité de prestataires publics et privés est en effet la norme dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE qui misent sur des systèmes de santé universels.

Plusieurs expériences en Europe, dont celles de l’Angleterre, de la France, de la Suède et du Danemark, ont fait la preuve qu’il est possible d’améliorer la performance d’un système de santé en recourant davantage à l’expertise de fournisseurs de soins privés et en donnant plus de liberté de choix aux patients. Elles ont également démontré qu’il est possible de faire mieux, sans pour autant hausser les coûts ni miner les principes d’équité et d’universalité auxquels la population tient.

Dans les prochaines semaines, à titre de blogueur-invité sur le site Le Point en santé et en tant que porte-parole du CEPSEM, j’aurai l’occasion de présenter les réformes entreprises dans ces pays de manière plus élaborée et de montrer comment ils sont parvenus à améliorer la qualité et l’accès aux soins offerts à leur population.

*Le CEPSEM est le seul forum multisectoriel en santé qui fait la promotion de la livraison plurielle des services, dans le cadre de notre système de santé universel à financement public.

À propos de Yannick Labrie
Yanick Labrie est économiste et consultant en politiques publiques. Il est également chercheur associé au Canadian Health Policy Institute de Toronto et Senior fellow de l’Institut Fraser de Vancouver.
Biographie